ou « Comment affronter avec brio une crise existentielle dont tout le monde se fout? »

La semaine dernière c’était mon anniversaire. J’ai eu 25 ans + 1.

Joyeux anniversaire Camille

Oui, tu ne me l’as pas souhaité. Non, je ne t’en veux pas.

Depuis mon expérience tragique de l’année dernière, mon anniversaire est (presque) devenu un jour comme les autres. Pour plus de contexte, il faut que tu saches qu’avant cet épisode malheureux, je voyais mon anniversaire comme étant un jour particulièrement exceptionnel. Comme si le monde allait s’arrêter de tourner et que j’allais, à juste titre, être pour une journée la personne la plus importante sur Terre. Alors qu’aujourd’hui, au mieux, je l’envisage comme un vendredi fériépassant mes journées en pyjama à la maison étant au chômage, ça ne change pas grand chose à ma vie mais c’est cool quand même.

Mais que s’est il passé l’année dernière? t’interroges-tu, rongé par l’inquiétude.

La crise des 25 ans mon vieux.

Why me?!

C’est quoi cette connerie sortie tout droit d’un magazine à lire sur la plage ou chez le médecin? t’insurges-tu du haut de tes 40 (et plus) années ou du bas de tes 20 (et moins) années ? (oui, je t’imagine dans ces eaux-là, avec des cheveux ondulés, tu portes une marinière et tu sirotes un thé au citron)

En fouillant internet, quelques mois plus tard, j’ai découvert le poteau rose (j’ai hésité à la mettre celle-là). Quelques articles parlent de la crise des 25 ans (ou du quart de vie) avec le plus grand sérieux, figure-toi. Et pour te prouver que ça existe vraiment, je vais appliquer la théorie à la pratique de ma vie.

8 décembre 2014, 1h49 du matin, beaucoup trop de litres de bière au compteur.

Me voici enfermée dans les toilettes de mon appartement en train de pleurnicher sur mon pauvre sort, pendant que mes amis fêtent mon arrivée sur terre, dans un bar.

  • J’ai 25 ans, un boulot que j’en suis venue à détester, je viens de signer une rupture conventionnelle mais suis morte de peur à l’idée de l’année qui arrive. Qu’est ce que je veux et vais faire de ma vie? Fuir au fin fond du Mexique me semble être une idée tout à fait recevable. Je n’ai aucun avenir, et mes parents vont enfin pouvoir se débarrasser du canard boiteux qui leur sert de fille et prendre un chien, bien plus utile à leur vie.
  • A cause du stress du boulot, je suis devenue intolérante au lactose. Je ne peux même pas manger un gratin dauphinois pour mon anniversaire. Drame.
  • Je suis éprise d’un énième briseur de cœur qui n’hésite pas faire savoir que s’il trouvait quelqu’un de mieux que moi, il n’hésiterait pas à se barrer. N’étant pas Penelope Cruz (bien que la ressemblance soit parfois frappante, mais je lui la seule à être frappée à priori), je comprends parfaitement les idées du jeune homme et suis à deux doigts de me quitter moi même. C’est vrai que je suis sympa mais je casse pas trois pattes à un canard non plus.
  • *Je vomis*
  • J’ai l’impression que la terre entière a lu le bouquin « Comment devenir un adulte en moins de 3 mois? » Et qu’on m’a envoyé la version russe traduite en chinois. Je ne comprends pas comment ça marche, j’ai pas reçu les codes pour tricher et passer directement au niveau 10. J’ai la sensation d’être de retour en 3ème, au collège Georges Brassens: à la recherche d’une vocation et d’un nouveau cœur – car le précédent vient d’être brisé (ça en deviendrait presque une habitude) par un « homme » (il n’a que 15 ans, n’exagérons pas) sans pitié.

Et c’est au moment où je commence à me dire que Susan Boyle, elle au moins, elle sait chanter, que je sens que je touche le fond du fond.

Susan Boyle – ma sœur jumelle

« 25 ans, c’est la fin de la prime jeunesse. C’est l’âge où l’on est censé entrer dans la vie d’adulte […] mais si on se sent en retard, ce peut-être l’occasion d’une inquiétude sur soi. » (François Lelord)

C’est pas tellement que je me sens en retard tu vois François. C’est plus que j’ai l’impression d’avoir bien pris l’avion à temps, puis qu’au bout de 30 minutes de vol, l’hôtesse de l’air m’a jetée de l’avion en plein vol au dessus d’un océan et au milieu d’un gang de requins.

Et au bout de quelques semaines, c’est la révélation. Je commence à comprendre ce qui se passe: je suis la personnification d’une flèche. Pour aller de l’avant, je dois être tirée en arrière. Là, c’est bon: j’étais fin prête à aller de l’avant, j’en avais suffisamment vu pour être capable de partir très loin devant.

Moi en orange

Et on en est où aujourd’hui?

Ben oui, c’est bien beau de vouloir faire pleurer dans les chaumières, mais au bout d’un moment, il faut commencer à être honnête. Car la flèche s’est envolée. Alors c’est sûr que je suis encore loin de la cible. En un an, j’ai fait 3 fois le tour du pâté de maison, je suis descendue à la cave, j’ai éborgné un enfant, mais en attendant, j’ai avancé. J’ai reculé parfois aussi, mais la situation à 26 ans et nettement moins dramatique. Presque chiante à vrai dire. Où est passé le drame?

J’ai trouvé un projet qui m’anime, me passionne, me fait peur, m’éclate, m’inquiète au plus haut point, et me permet de me trouver. Et depuis, le reste va beaucoup mieux, comme si j’avais intégré un cercle vertueux. C’est, je pense, la clé vers la sortie de la crise. Trouver la raison pour laquelle on est sur terre. Et pour la trouver, j’ai écrit mon oraison funèbre. Tu sais, c’est ce qu’on dit sur toi quand t’es mort, lors de ton enterrement, avec des larmes plein les yeux. Et ce qui est ressorti, c’était l’inverse de ça:

Camille était une femme agréable. Elle n’a jamais fait de vagues et était très discrète.  Amatrice de tricot et de jeux de cartes, elle est entrée à la BNP comme chargée de clientèle et y a terminé sa vie tragiquement à l’âge de 38 ans en s’étouffant avec un os de poulet lors d’un déjeuner à la cantine avec ses collègues. Ses chats Riri, Fifi et Loulou la regretteront amèrement. Elle qui les aimait tant. Ses amis de l’amicale de bridge de Saint-Etienne ont tenu à écrire un petit poème pour elle:

« Camille, joueuse de quille – Tu n’aimais pas beaucoup les billes – Et avec ta petite tête de chenille – Tu as fini dans un bidonville – Tu étais allergique aux morilles – Et n’aimais pas la ville – Tu adorais les gorilles – Et auras fini comme vieille fille. »

Fin de l’oraison.