Ou comment une simple randonnée peut rapidement se transformer en « Into the wild ».

Voila des années que j’ai envie de mieux connaître la région Rhône-Alpes. J’entends parler par-ci par-là d’endroits qui valent leur pesant de cacahuètes, mais pour des millions de raison, je n’ai jamais passé le pas. Le fait de ne pas avoir de voiture n’a pas vraiment été à mon avantage, c’est vrai. N’étant pas une adepte du stop et le temps de mon adolescence où je faisais des trucs avec des gens que j’aimais moyennement juste parce qu’ils avaient une voiture est clairement dépassé. Heureusement pour moi, le karma a décidé de ne pas punir l’adolescente désespérée que j’étais, et je suis aujourd’hui entourée de personnes que j’aime passionnément ET qui ont des voitures. Gros coup de bol tu me diras. Il se trouve que ces personnes-la ont, elles aussi, envie de se promener dans la région. Maxi gros coup de bol pour ce coup ci.

Ciao les nases

Tous les signes positifs étant de notre côté, nous nous motivons quelques jours plus tôt en regardant la météo: « Chers amis, le lundi de pâques est annoncé comme une sublime journée. Partons voir si la vie est plus douce dans le Beaujolais » (c’est pas vraiment ce qui s’est dit, mais c’est important pour l’histoire de dire des jolis trucs qui riment, tu comprends?)

Le jour venu, nous étions archi-prêts.

  • petit déjeuner/brunch prévu pour 11h du matin
  • chemin de randonnée repérée sur le livre « les 100 plus beaux sentiers de Rhône-Alpes » (en vert sur la carte ci-dessous)
  • gourde PLUS bouteille d’eau en cas de canicule ou autre imprévu (conversation animée et longue qui asèche la bouche, par exemple)
  • des amandes en cas de famine intempestive (on  n’est jamais trop prudents)
  • des supers godasses de rando très vilaines
  • un sac à dos décathlon très moche et très pratique (aparté: pourquoi est ce que les accoutrements de randonnée sont si peu esthétiques?)

Sur le papier, c’était parfait. Sauf que nous n’avions pas prévu UNE chose : la pluie.

Déception

Et oui mon p’tit, à mon réveil, quelle ne fut pas ma surprise de voir des putains de gouttes d’eau en masse. OK, le destin, j’ai l’impression que tu m’envoies un défi. Quand j’ai dit que je voulais me mettre à la rando, je déconnais pas. Je te jure. Et quand j’ai une idée en tête, je ne l’ai pas au cul (comme le dirait un membre de ma famille que je ne citerai pas car sinon elle va encore m’appeler pour me gronder) j’ai insisté lourdement pour partir quand même. Après tout, la pluie s’était calmée et j’avais l’impression d’avoir quelque chose à prouver au destin, à toi, à moi, à la vie.

J’ai du être plutôt convaincante car nous voilà donc arrivés tout doucement à Frontenas, un des villages aux pierres dorées du Beaujolais. J’avais toujours cru que c’était un bobard raconté aux Lyonnais pour les rendre jaloux, mais que nenni. Les pierres sont vraiment couleur or. Juge plutôt par toi même.

La maison que j'achèterai quand je serai riche

La maison que j’achèterai quand je serai riche

Mais voilà qu’au bout de quelques minutes, c’est le drame.

Car il y avait autre chose que je n’avais pas prévue: cette petite douleur au pied qui s’intensifie de minute en minute. J’ai très vite l’impression qu’on m’enfonce de manière sournoise un petit couteau dans le pied droit quand je marche. Pratique comme situation quand tu as prévu un parcours de 14 km. Heureusement, après avoir montré mon pied à mes compagnons de route, mon amie bibliothécaire d’orchestre me diagnostique rapidement « le syndrome de la danseuse ». Et c’est vrai que quand je vois mes capacités sur le dancefloor, ça ne m’étonnerait pas que quelqu’un essaie de me le faire payer.

Je suis à droite

Mon ami ingénieur du bâtiment quant à lui m’informe que je souffre d’une excroissance osseuse. Merveilleux. Et comment ça se soigne, ça? Par une opération, me répond l’effronté. Mon sang ne fit qu’un tour. PAR QUOI? UNE AMPUTATION DU PIED? Moi qui avais prévu de me remettre au sport la semaine prochaine, ça tombe vraiment mal. Et c’est malgré cette véritable catastrophe que nous continuons notre balade champêtre.

Dès la première montée, j’envisage mon été en fauteuil roulant, et je me dis que ça pourrait faire un super film.

La reine du bal de promo 2015 vient de se faire amputer de le pied droit car Dieu a décidé de la punir pour ses talents de danseuse. Ryan, le roi du bal de promo 2015, capitaine de l’équipe de foot du lycée a pris la difficile décision de la quitter car il refuse d’être vu en compagnie d’un panchot (c’est comme un manchot, mais du pied). Cindy perd donc sa bourse d’étude (les claquettes sur un seul pied, c’est chaud patate), sombre dans la dépression et fait une tentative de suicide à l’efferalgan, le seul médicament qu’elle peut avaler.

C’est à ce moment là que la conversation reprend et fait taire mon Steven Spielberg interne. Gros sujet de discorde: pour ou contre vivre à la campagne? Je dresse alors mentalement mes pours et contres. Je me parle beaucoup à moi-même avant de l’ouvrir en société, ça m’évite (parfois) de dire de grosses conneries, mais pas tout le temps.

Débat interne

Débat interne

Et bon, au final, le débat est vite clos: la campagne, c’est cool, mais le weekend. Donc plus tard, on sera riches, on aura une maison à la campagne, et c’est tout. Peut-être une maison vers l’océan aussi. Et vers les calanques. Et à la montagne aussi. On sera très très riches, c’est moi qui te le dis.

Genre celle-ci

Genre une comme celle-ci

Alors que j’apprends à vivre avec la douleur (il est hors de question que je me fasse amputer), nous avançons dans notre périple. Car on est pas prêts d’arriver, alors faut s’accrocher. Nous arrivons sans encombres au point numéro 1 de notre itinéraire. La vue est belle, le ciel est gris, mais on s’en fout, on est trop contents d’être là.

Puis une nouvelle question se pose (il faut bien faire la conversation): que faire si nous croisons des sangliers? C’est vrai ça, on fait quoi? Chacun y va de sa petite théorie, contradictoire avec celle énoncée auparavant, sinon c’est pas drôle. Faire du bruit ou le laisser passer comme si nous n’étions pas là? Monter aux arbres? Jouer avec lui? Chanter Hakuna Matata avec l’espoir qu’il nous prenne pour Timon? Et si c’est une famille, on a le droit de piquer un bébé marcassin? Beaucoup de questions et peu de réponses. Mais au final, mes racines Sioux sont utiles: je ne vois pas de traces de pattes de sangliers, il y a quelques maisons aux alentours et encore peu de vignes, nous ne risquons rien. Quel soulagement! C’est pas si simple d’être citadin, quand on y pense. Il y a tout un tas de préoccupations qui nous échappent et nous rattrapent une fois confrontés à 3 arbres et 4 cailloux.

Comme celle de lire correctement une carte de randonnée, par exemple.

Car ça, pour le coup, ça nous échappé et ça ne nous a jamais retrouvé. Il faut dire que le parcours proposé par le bouquin était quelque peu ambitieux, surtout pour des novices en phase de développement comme nous. Nous sommes partis la fleur au fusil sans vraiment nous préoccuper du chemin à suivre, et au bout de la 3ème fourchette où nous devions prendre à droite, il est temps de se rendre à l’évidence: nous ne sommes pas sur le bon chemin. Alors que nous avançons à tâtons dans l’inconnu, que mon pied me fait mal, que certains parmi nous ont mal au ventre (je ne citerai personne mais on s’est plaint de problèmes de choucroute), que la pluie se fait sentir, il est désormais plus qu’officiel que nous sommes des débutants de la rando. Et que fait un débutant de la rando quand il pense être perdu? il suit les multiples panneaux qui lui indiquent un parcours BEAUCOUP plus court mais aussi BEAUCOUP plus fiable. Et c’est alors que nous n’avons pas encore atteint le point 2, que nous prenons un raccourci qui nous emmène directement au point … 7.

La randonnée en théorie et en pratique

La randonnée en théorie ET en pratique

C’est avec un soulagement non dissimulé que nous arrivons dans le magnifique village de Theizé.

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Vaincus par la randonnée, n’ayant pas de boussole et les étoiles n’étant pas encore sorties pour nous aider à nous repérer, nous mettons en marche le GPS pour trouver le moyen le plus court de rentrer à la voiture. Car OUI, la pluie s’est définitivement invitée à notre petit périple. Et sur le chemin du retour, c’est vraiment la grosse grosse marrade.

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Et on a trouvé des trucs ultra mignons, de retour à Frontenas. Et rien que pour cette boîte aux lettres, j’envisage sérieusement de partir vivre à la campagne. A moins que des bourdons élisent domicile dans celle-ci? Trop de risques. On est pas mieux à Lyon quand même?

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Si jamais tu as des bons plans randonnée à partager, n’hésite pas à me laisser un commentaire pour que je puisse parfaire mes compétences. Merci beaucoup, ce serait trop sympa. Bisous.