Ce mardi était à priori un jour comme les autres. Des difficultés à sortir du lit le matin, difficultés à se mouvoir pour aller au bureau, difficultés à se retenir d’engloutir le paquet de délichoc acheté la veille, et enfin, difficultés à se motiver pour faire acte de présence dans une soirée « réseau » (je déteste).

Une journée classique quoi.

Je m’étais promis de pas utiliser de GIF de chat, mais celui ci résume tellement bien l’humeur de la journée

C’est vers 18h30 que cette journée a pris un tournant inattendu. Un message sur facebook m’invite à me rendre à 200 mètres du bureau. Découverte d’un bar à cocktail/karaoké. Mouais.

Chanter en public n’est ma passion qu’après de nombreux verres d’alcool (au nombre de 2). Au moment où je reçois ce message je suis sobre, donc très moyennement motivée. On me promet à boire et à manger, mes 2 seules raisons de vivre sur Terre. J’en parle tout à coup avec hâte autour de moi au coworking (j’ai déjà faim), et un petit groupe de joyeux chanteurs se monte rapidement. Ni une ni deux, mes plans de soirée fadasse s’effacent: nous partons en direction du nouveau KBOX de Guillotière.

Je ne connaissais leur concept que de loin, n’ayant jamais eu d’attrait particulier pour le karaoké. Ce qui peut sembler très étrange pour les personnes qui connaissent mon amour du ridicule en public et mes capacités en chant, c’est vrai. A l’arrivée au bar, exit les clichés du karaoké au camping de la plage : au Kbox, tu loues une salle privé pour ton petit groupe de potes, et personne ne te voit, ni t’entend (à priori) (j’avoue avoir eu souvent envie d’ouvrir les portes pour voir la tête des gens qui massacraient les chansons autour de moi). Le proprio nous fait faire un petit tour du lieu et bizarrement, je me sens de moins en moins emballée : je vais DEVOIR chanter. Pas d’échappatoire possible. Je commence donc des vocalises mentales pour m’échauffer. (pour info: ça ne marche pas)

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Ma réticence commence à fondre comme neige au soleil lors de la remise de ce badge mettant à l’honneur mes héros d’enfance: les 2be3.

Nous nous retrouvons donc dans une petite salle pour 4 personnes. 2 micros. Une boule à facette. Un écran. Un genre de tablette fixé au mur où tout est contrôlable: son, micro, paroles, playlists, etc. Le piège se referme sur nous.

Nous découvrons petit à petit les chansons disponibles, et tout à coup, l’excitation monte. J’y découvre toutes les chansons coupables que j’adore chanter à tue tête lors de mes soirées (un peu mais pas que) arrosées: Spice Girls, Kendji, Sia, Gilbert Montagné, … Et j’en passe, pour garder un semblant de crédibilité.

Mon cœur commence à battre un peu plus vite, j’ai peur, mais je dois l’avouer: j’ai ENVIE de chanter.

Un dilemme commence à me tarauder: dois je révéler mon double maléfique à mes potes du coworking? Seront ils toujours capable de m’apprécier après m’avoir vue et entendue chanter? Il faut dire qu’il ne me connaissent pas depuis très longtemps, je peux encore donner le change et leur laisser croire que je suis une fille cool.

Et tout à coup je m’emballe un peu: après tout, qu’est ce qui définit le « cool » de quelqu’un?

Quels sont les critères du cool? Est ce que c’est le contraire du « beauf »? Y a t’il une police du cool? Un diplôme à obtenir? Parce qu’à ce moment là, je me tue au quotidien pour entrer dans la case des gens cool pour rien: ces lunettes un peu trop grandes pour mon visage, le marché local et bio le dimanche matin à la croix-rousse avec une gueule de bois de 1000 pieds de long, porter des baskets blanches qui se salissent tout le temps, m’échiner à développer mon statut de freelance alors que je ne sais pas me vendre, voter à gauche, voire vouloir faire la révolution et pour autant manger McDo, … Est ce que tout ça fait de moi quelqu’un de cool? Réponse: NON. Et puis de toute façon, je saute comme une enfant à l’écoute de Gilbert Montagné (que je connais par coeur), j’adore le pastis, je viens du sud (celui où on mange des haricots qui font péter et ça nous fait rire), je porte souvent des ballerines, j’adore faire du trampoline, je fonds devant Ryan Gosling et mes blagues préférées sont sans hésitation les plus lourdes.

La lourdeur

La lourdeur

Alors clairement, pour entrer dans la case de la meuf cool, on repassera.

D’autant plus qu’un souvenir éclair traverse ma mémoire: ils m’ont vue effectuer le pire moonwalk de l’histoire vendredi dernier vers 4h du matin. Je peux donc en toute impunité avouer mes appétences musicales plus que discutables, ils savent vraiment de quoi je suis capable.

Le karaoké débute, les premières chansons s’enchaînent et je n’ose pas trop me lancer. Les garçons nous régalent de quelques duos en anglais version yaourt, et je dois dire que c’est très drôle.

Puis au bout d’un moment, je me dis que foutue pour foutue, je peux commencer par un classique « Call me maybe ».

Hélas, erreur fatale.

Le début de la fin.

Le scandale international : j’adore le karaoké.

Et dans ma tête, j’en suis là

Ce qui est gênant chez moi, c’est que je ne sais pas faire semblant. Quand j’aime, J’AIME. Beaucoup. Trop. La bouffe, les gens, un écrivain, une musique, j’aime à l’excès. Une jusque boutiste de l’amour en réalité. Ben là, ça n’a pas raté avec le karaoké. Je saute partout, je crie devant les chansons: NEYO ! 2BE3 ! JOE DASSIN !

J’ai 12 ans et je n’arrive tout simplement pas à me contenir.

Moi

Je prends le micro et ne le lâche qu’à contre cœur à quelques reprises pendant les 3 (!) heures suivantes. Sur notre groupe de 4, nous sommes 2 au bord du coma de la sur-excitation (non, je ne suis pas seule). Les 2 autres, beaucoup plus modérés, partiront au bout de 2 heures de massacre musical. Nous nous retrouverons donc en tête à tête de passionnés et enchaînerons les interprétations les plus douteuses et délicieuses à la fois: « Ma meilleure amie » de Lorie, « Trackin » de Billy Crawford (l’un ne va pas sans l’autre, tmtc) « Partir un jour » de 2be3 (impossible d’y échapper), et moultes merveilles musicales du genre.

A la fin, c’était clairement ça.

Puis soudain, coup du destin sans doute – ou de la direction qui en a ras le cul de nous entendre nous égosiller – la télé s’éteint, pile à la fin d’une horrible brillante interprétation de « Sous le vent » (by Céline Dion et Garou).

Nous prenons ça pour un signe, et sortons progressivement de notre transe musicale. 3 heures! Que ça passe vite… Nous osons à peine nous regarder, un peu comme si nous nous étions réveillés dans le même lit après une soirée un peu trop arrosée. Je sens son regard apeuré se poser sur moi : « on en parlera pas au boulot, hein? ».

Mon regard plein de bienveillance se retourne vers lui: « bien sur, t’inquiète pas ».

Comme si j’allais garder ça pour moi.

Rire machiavélique

 


Pour toi aussi découvrir ta passion insoupçonnée pour le chant devant tes amis et avec ou sans alcool, c’est par là qu’il faut aller (tu peux réserver en ligne): http://karaokelyon.com – c’est au 8 place Raspail 69007 Lyon – et tu peux manger sur place – et boire des coups, bien sur 🙂